Grenadiers-Gendarmes de la Convention, 1792-1795

Corps des grenadiers de la Gendarmerie ou Bataillon de Grenadiers près la Représentation nationale ou Bataillon de Grenadiers-Gendarmes :

 grenadier-gendarme-de-la-convention

Historique :

 Il prit le 14 mars 1793, le nom de bataillon de grenadiers près de la Représentation nationale et se composait de quatre compagnies de 100 hommes. Il releva du comité militaire de l’Assemblée qui le recruta dans les compagnies de grenadiers de tous les corps.

 Le bataillon fut envoyé en Vendée au plus fort des combats. Le 12 avril 1795, la Convention décréta que cette unité serait portée de quatre à six compagnies qui furent chacune composée d’un capitaine, de trois lieutenants, trois maréchaux des logis, neuf brigadiers, un tambour et 72 gendarmes soit quatre officiers et 85 hommes. Le corps fut aussi augmenté d’une compagnie de canonniers de trois officiers et 60 hommes.

 L’état-major du bataillon se composait d’un chef de bataillon, un adjudant-major, un quartier-maître. Les officiers furent nommés par la Convention elle-même et les sous-officiers et soldats par le Comité de Salut Public. Ils durent se recruter parmi les militaires s’étant distingués aux armées ayant une taille minimum de 5 pieds et 5 pouces.

 Toutefois un autre décret du 22 juillet 1795, supprima la compagnie de canonniers et lui donna son nom de bataillon de grenadiers près la représentation nationale. Il fut augmenté à huit compagnies, formée chacune d’un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, un sergent-major, quatre sergents, un caporal-fourrier, huit caporaux, deux tambours et 81 grenadiers, soit trois officiers et 97 hommes de troupes.

 L’état-major précédent fut augmenté d’un adjudant, de deux officiers de santé, d’un tambour-major et de trois chefs-ouvriers. Le plus ancien sergent-major porta le drapeau.

Uniformes :

 

Le corps se recrutant désormais dans les compagnies de grenadiers réunis, il porta un uniforme spécifique, habit drap bleu doublé de blanc, revers et parements en drap écarlate avec liserés blancs, sur le parement une patte en drap bleu avec liseré écarlate, collet en drap bleu avec liseré écarlate, grenades en drap rouge sur les retroussis qui sont marqués par des passepoils écarlates, boutons blancs, épaulettes rouges, veste et culotte en drap blanc, guêtres blanches pour l’été, noires pour l’hiver, boutons de métal, bonnet à poil avec plaque en métal blanc à grenade, cocarde tricolore et plumet et plumes rouges.

Historique :

 1793 :

 Envoyé en Vendée le bataillon s’illustra aux batailles de Chalonnes et  du Moulin-aux-Chèvres où il fut particulièrement mis à l’épreuve et en partie décimé :

 La bataille de Chalonnes, 24 avril :

 Alors que la colonne du général Gauvillier fut battue à plate couture à Beaupréau le 22 avril, elle avait dû s’enfuir à Chalonnes. Dans la foulée de leur attaque les vendéens marchèrent sur la localité. La ville était mal défendue, les bleus tentèrent une sortie pour les repousser, avec les restes de la colonne de Gauvillier, la Garde nationale de Chalonnes et les grenadiers de la Convention. Ils se battirent avec courage mais ailleurs, ce fut la déroute, les grenadiers tentèrent de repasser la Loire, ils furent tournés, beaucoup tombèrent et d’autres furent fait prisonniers. La déroute entraina l’évacuation de Varades, les communications entre Angers et Nantes furent coupées.

 Fin juin, les Grenadiers fort de 181 hommes étaient dans les rangs des troupes de la division de Niort.

 La bataille du Moulin-aux-Chèvres,  9 octobre :

 Alors que le général Leschelle, incompétent parmi les incompétents arrivait le 7 octobre à Montaigu, il rassembla aussitôt un conseil de guerre. Le plan de Canclaux fut présenté par Kléber qui en démontra l’intelligence, deux colonnes, un plan simple, Leschelle immédiatement montra sa mesure :

« A quoi bon une carte ? C’est sur le terrain qu’on étudie le plan, d’ailleurs ce projet est fort à mon goût, mais j’observerais qu’il faut marcher en ordre, en masse et majestueusement… ».

Les officiers présents avaient compris, ils avaient à leur tête un imbécile, un politique qui n’entendait rien au métier de la guerre, lorsqu’il apprit la prise de Noirmoutier par Charrette, il demanda effarée « Noirmoutier ? Connais pas…  où est-ce donc ? », L’homme en effet étudiait les cartes sur le terrain !

Le plan de Canclaux fut toutefois établi, il mit en route. Chalbos commanda la colonne partie de Niort et faisant partie de l’armée des Côtes de la Rochelle, elle se composait de 11 000 hommes, répartis en trois colonnes, commandées elles-mêmes par Muller qui commandait celle de droite, Chambon celle de droite, Chalbos commandant en personne la réserve et le centre.

Le point de réunion des deux colonnes fut Châtillon. Chalbos se mit en route le 9 octobre et quitta Bressuire qu’il atteignit sans ennui. Mais il rencontra bientôt les éclaireurs de Lescure, et sur les hauteurs du Moulin-aux-Chèvres pas moins de 30 000 vendéens rangés en bataille. Chalbos lança les grenadiers de la Convention, élite de son armée, leur commandant, Villeminot en tête. Le feu des vendéens les décima, ils furent cloués sur place et dans les rangs républicains, se ressentit rapidement une certaine tiédeur. L’adjudant-général Joba, ramena les tièdes au feu, « En avant, Vive La République ! », mais le général Chambon à la droite fut frappé à mort, il s’écroula, derrière les renforts arrivèrent, Westermann entra alors en lice et rétablit la ligne, il lança à nouveau l’attaque et gravit les pentes des hauteurs du Moulin-aux-Chèvres.

 Les Vendéens friables reculèrent et dévalèrent les pentes en direction de Châtillon. Poirier de Beauvais, général vendéen, tenta de les rallier en vain, il était huit heures du soir, la bataille fut perdue, Poirier de Beauvais dut reculer et trouva à Châtillon, d’Elbée, Talmont, Bonchamps et d’autres généraux attablés et peu soucieux de se mettre en garde contre un coup de main. Malgré les exhortations de Poirier, ils ne voulurent rien entendre, ils étaient bien assez nombreux pour se garder. Etonnante histoire racontée par Poirier lui-même, dont l’on peut s’étonner notamment de la part de Bonchamps, quoi qu’il en soit, les paysans eux avaient trouvé de l’eau de vie, du vin, la journée avait été dure, ils préfèrèrent boire et s’enivrèrent. Poirier avait raison d’être inquiet, en face, il y avait Westermann, un des plus mauvais généraux républicains, mais aussi le plus intrépide et un spécialiste des coups de mains.

 Avec peut-être 1 500 cavaliers, peut-être plus, il s’avança dans la nuit, à travers le Gué-Gaillard, surprit le poste vendéen, les sentinelles furent égorgées. Et ce fut l’assaut en pleine nuit. La surprise joua à plein mais les bleus étaient peu nombreux, les Vendéens furent embrochés au réveil, fusillés à bout portant, sabrés dans leur ivresse. Malgré tout, ils se rassemblèrent, Westermann fut en mauvaise posture, il se jeta au milieu de la mêlée, « Abandonnerez-vous votre général et souffrirez-vous qu’il périsse seul au champ d’honneur ? ». Les bleus tinrent le choc, ce fut la boucherie, le général Aubertin raconta dans ses mémoires que le général Westermann probablement lui aussi ivre sabrait et tuait amis et ennemis sans distinction pris comme dans une furie de meurtre. Le feu fut mis à la ville, les blancs s’enfuyèrent, la capitale vendéenne fut à nouveau perdue, elle brûla encore, martyre.

 1796 :

 Le corps des grenadiers de la Représentation nationale fut porté le 7 novembre 1796 à deux bataillons de six compagnies, formées elles-mêmes de trois officiers et 100 hommes.

 L’État-major comprenait un général de brigade, un chef de brigade, deux chefs de bataillons, deux adjudants-majors, deux quartiers-maîtres, un tambour-major, un caporal tambour, 16 musiciens dont un chef, deux officiers de santé et trois maîtres-ouvriers. Ce corps continua de se recruter dans toutes les compagnies de grenadiers des demi-brigades.

Portraits :

 Nicolas Gauthier, originaire de Ricey-Bas dans l’Aube, soldat dans la garde nationale parisienne soldée (1790), âgé de 23 ans lors de son engagement dans le 3ème bataillon de Paris (1er janvier 1792), caporal (6 mars), il passa dans les canonniers du corps des grenadiers de la Représentation nationale (4 mai 1793), sergent-major dans la légion de Police (1795), sous-lieutenant à la 41ème demi-brigade (1800), lieutenant au 17ème régiment de ligne (1805), capitaine (1806), chevalier de la Légion d’Honneur (1807), blessé à Wagram (6 juillet 1809), il mourut de ses blessures à Vienne, le 17.

Joseph Grosménil, originaire de Wy-Joli-Village, Seine-et-Oise, volontaire à 38 ans à Paris (6 septembre 1792), versé au 9e bis bataillon de Paris, dit de l’Arsenal (23 septembre), sergent-major de grenadiers, passé à la 181e demi-brigade de bataille (1794), le grade de lieutenant fut demandé pour lui par le capitaine Hervet au président de la section de l’Arsenal dans une lettre de Neukirchen, le 8 mars 1795 :

« Citoyen président, le 10 septembre 1792, la section de l’Arsenal envoya 600 hommes qui furent organisés en bataillon, lequel prit son nom, il a toujours porté le nom de bataillon de l’Arsenal jusqu’à son embrigadement. A son départ de Paris, il se forma une compagnie de grenadiers composée de 114 hommes, ils étaient tous domiciliés de la section. Après la campagne de Chalons, une partie de cette compagnie prit sa démission, en vertu de la loi du 3 février, le surplus que l’on a recomplété successivement, a continué de faire la guerre. Beaucoup ont eu de l’avancement, le reste a été tué en défendant la Patrie, trois sont restés seulement, le capitaine, le sous-lieutenant devenu lieutenant par le choix de la Convention, et le sergent-major. Le Conseil d’administration de la demi-brigade, désirant la faire obtenir au sergent-major, a rendu un témoignage très avantageux, ainsi que la compagnie, si la section avait la bonté de se joindre pour cette demande de la 9e commission du Mouvement des armées de terre, nous sommes persuadés qu’il obtiendrait avec beaucoup plus de facilité. Elle rendrait en cela justice justifiée à l’honneur et à la bravoure de ce militaire. Il ne sera pas inconnu, il se nomme Grosménil, mais on le connaissait plus particulièrement sous le nom de Joseph, nom qu’il porte encore, il était étalier boucher chez le citoyen Noisent, rue Saint-Paul. La section s’apercevra aisément qu’il a perdu son état pour défendre sa Patrie. Je suis citoyen président votre concitoyen, Hervet, capitaine des grenadiers au 3e bataillon de la 181e demi-brigade. Nota, la compagnie a fait la guerre pendant deux ans, toujours à l’avant-garde. J’ai entre mes mains tous les ordres qu’il a reçus, ce qui peut être très avantageux au candidat »[1].

Cette demande fut approuvée par un vote de la section de l’Arsenal émis en assemblée générale (20 mars 1795), et transmise au Comité de Salut Public par les commissaires délégués à cet effet, Pelingue et Belhomme. Le Comité renvoya l’affaire à la 9e commission, mais elle n’eut aucune suite. Cependant, Grosménil passa dans les grenadiers gendarmes de la Convention nationale la même année. Ensuite dans la garde des Consuls (1799), puis aux vétérans de la Garde impériale (1805), il mourut à Versailles, le 2 décembre 1808.

Mirabel, grenadier volontaire au 2ème bataillon de Rhône-et-Loire engagé (9 octobre 1791), tambour-major à la 186ème demi-brigade de bataille, puis sergent-major (15 nivôse An II). Grenadier à pied près la Représentation nationale en l’An 3, nommé caporal (11 brumaire An 4), puis sergent, passa en cette qualité dans les grenadiers à pied de la garde consulaire (11 frimaire An 9). Lieutenant en second (2 nivôse An 12), lieutenant en 1er (1er mai 1806), capitaine au 1er régiment de conscrit-grenadiers devenu 3ème voltigeurs (5 avril 1809). Avait reçu un fusil d’honneur (3 thermidor An 8) pour s’être distingué à la bataille de Marengo (14 juin 1800).

Pierre-Edme Martine, originaire de Saint-Cloud, volontaire à 23 ans (3 septembre 1792), caporal (10 septembre), 7e bis de Paris, sergent (8 octobre), sergent-major (17 novembre), passé aux grenadiers de la Convention.

Jean-Marie Ponsard, né à Vitteaux en Côte d’Or le 24 novembre 1747. Soldat au régiment d’Aquitaine infanterie (1765), puis grenadier au corps royal des grenadiers de France. Caporal au régiment des Gardes françaises (novembre 1773), fourrier puis garde de la Prévôté de l’Hôtel (novembre 1781). Sous-brigadier (1786), brigadier (octobre 1791), lieutenant (septembre 1792). Il servit dans l’armée de l’Ouest de 1793 à 1794, capitaine au bataillon de grenadiers de la Représentation nationale (septembre 1795). Adjudant-major en octobre, chef de bataillon (novembre 1796). Chef de brigade (1800), chef de la 1ère légion de gendarmerie (septembre 1801), nommé général de brigade et admis à la retraite avec une pension de 3 908 francs (mai 1813). Baron de l’Empire (juin), il mourut à Paris le 25 août 1814 ayant bien peu profité de cette retraite.

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[1] Chassin et Hennet, Les volontaires nationaux pendant la Révolution, tome 2, p. 87.