78e régiment d’infanterie Penthièvre

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Le 78ème régiment d’infanterie ci-devant Penthièvre :

 

Historique :

 1790 :

 Le journal militaire de 1790, indique que la compagnie de grenadiers du régiment en garnison à Bapaume:

« s’étant livrée à l’insubordination la plus répréhensible, Monsieur de Sommières commandant en chef de la province d’Artois, envoyé avec les ordres du Roi, est arrivé le 5 du mois dernier (janvier 1790 ?) a fait assembler le régiment et a cassé la compagnie entière des grenadiers qui ont tous été renvoyés avec des cartouches jaunes, et déclarés indique de servir dans les troupes françoises »[1].

1792 :

 Le 1er janvier, le régiment était en garnison à Dunkerque. Il comprenait un effectif de  969 hommes et 546  manquants.

 1793 :

 Le 1er bataillon était signalé au début du 1793 dans les rangs de l’armée du Nord. Il fut envoyé ensuite en Vendée et servit à la bataille de Treize-Septiers :

Bataille de Treize-Septiers, 6 octobre :

 Après la défaite de Torfou et la retraite sur Nantes, Canclaux n’avait pas perdu son  temps en réflexion, après avoir refait ses troupes, il imagina un nouveau plan moins compliqué que celui décidé au mois d’août. Il voulut faire marcher seulement deux colonnes, l’armée de Brest et les Mayençais s’avanceraient de Nantes sur Clisson et Montaigu, l’autre appartenant à l’armée des Côtes de la Rochelle partirait de Niort pour s’avancer vers le cœur de la Vendée. Les Mayençais n’avaient pas encore été entamés, leur force restait intacte, et Canclaux disposait des 17 compagnies de grenadiers réunis sous le commandement de Blosse, qu’il considérait comme un atout, il disait de lui « qu’il valait à lui tout seul un bataillon ». Le 25 septembre, il sortit de Nantes, passa par Remouillé, reprit Clisson et le 1er octobre reprit à nouveau Montaigu. Kléber continua sur Saint-Fulgent à l’orée du bocage.

Il forma trois colonnes, la première composée des chasseurs de Kastel, de la légion des Francs et des chasseurs de la Côte d’Or commandée par le chef de bataillon Targe. L’adjudant-général Blosse commanda la seconde colonne avec ses 17 compagnies de grenadiers de l’armée des Côtes de Brest et les chasseurs de la Charente. La troisième colonne aux ordres de Travot était formée d’une compagnie du 7ème bataillon de chasseurs, d’une compagnie de la Légion nantaise, du bataillon des grenadiers réunis et d’une demi-brigade non-identifiée. Canclaux et Merlin amenèrent également deux pièces d’artillerie légère aux ordres du chef de bataillon Scherb, ils suivirent en échelon avec le 4ème bataillon du Haut-Rhin et un bataillon du 62ème régiment d’infanterie.

D’Elbée et Bonchamps se rassemblèrent pour repousser l’ennemi. L’avant-garde des Mayençais fut commandée par le capitaine Targe, dit Jean Bart. Le choc eut lieu à Treize-Septiers, Targe refoula les avant-gardes vendéennes, mais tomba sur le gros de l’armée vendéenne, il en avertit aussitôt Kléber. Targe fut effrayé, il n’avait pas d’artillerie, Kléber audacieux voulait sa revanche de Torfou et reprendre l’artillerie perdue. En trois colonnes, Targe à gauche, Blosse à droite et Kléber au centre, les bleus s’élancèrent, les blancs ne les avaient pas attendus dans la plaine, ils s’étaient repliés des hauteurs pour les couverts des haies. Le combat dura deux heures, jusqu’à l’arrivée des renforts et du gros avec Canclaux. Kléber raconte :

« La colonne de Targe seconde par les grenadiers du 9ème régiment d’infanterie s’empare de deux pièces de canon, une de 8 et l’autre de 4, avec deux caissons […] il m’est impossible de rendre les sentiments que m’ont inspirés Blosse et ses grenadiers, ils se sont conduits en héros et ont profondément gravé dans mon âme l’estime que mérite toujours la prudence alliée au courage. Rien n’a pu les arrêter, ils ont su vaincre les obstacles, à la fin du combat, totalement dépourvus de cartouches, ils n’ont fait usage que de la baïonnette, Blosse s’est mis à pied et combattant au milieu d’eux, il n’a cessé de les encourager par son exemple. Verger capitaine des grenadiers de Maine-et-Loire et commandant l’un des bataillons de grenadiers (réunis) mérite beaucoup d’éloges. La valeur et le sang froid de Boisgérard, chef de mon Etat-major, de Nattes, de Dubreton, mes adjudants-généraux, le zèle et l’activité du chef de brigade Travot, de Billig chef du 4ème bataillon du Haut-Rhin, de Bellet, adjoint de Blosse ont beaucoup contribué au succès de cette journée ».

Les bois et les halliers furent pris, les Vendéens repoussés malgré des corps à corps meurtriers, à découvert, c’était la défaite. Les Mayençais avaient pris leur revanche, mais Canclaux reçut sa destitution le même jour, son expérience et ses succès faisaient des envieux et des jaloux, dénoncé, Ronsin voulait sa tête ne supportant pas ses succès qui mettaient en exergue l’incompétence des « généraux » patriotes… Il dénonça Canclaux et Aubert-Dubayet, le premier comme noble, le second pour froideur patriotique… Canclaux fut mis à pied, Aubert-Dubayet fut remplacé par Kléber, le marquis de Grouchy fut suspendu, Duhoux dut démissionner, Rey, Gauvilliers, Mieszkowski, Beffroy et Nouvion furent également écartés comme responsable du fiasco du plan du mois d’août. Poirier de Beauvais indique que les républicains maîtres de Treize-Septiers s’avancèrent jusqu’à Saint-Symphorien, ils mirent le feu à tout ce qu’ils avaient trouvé sur la gauche et leur droite, ils avaient les blessés de La Galissonnière à venger[2].

Embrigadement/amalgame du 1er bataillon :

 1ère formation :

 La 143ème demi-brigade de bataille fut formée, le 5 juin 1795, à Rochefort, selon Belhomme[3], le 3 juin selon Louis Susanne[4].

Elle se composait du 1er bataillon du 78ème, du 4ème du Loiret et du 5ème de la Marne.

 2ème formation :

 La 143ème de bataille devint à l’armée des Côtes de l’Océan, la 52ème demi-brigade de ligne.

Embrigadement/amalgame du 2ème bataillon :

 1ère formation :

 La 144ème demi-brigade de bataille fut formée selon Belhomme, le 30 mai 1794 à Châteaubriand. Susanne indique toutefois le 29 mai 1795.

Sa formation comprenait le 2ème bataillon du 78ème, 7ème et 8ème bataillon de formation d’Orléans selon Susanne qui est le seul à défendre cette thèse. Bertaud et Roucaud[5], Belhomme et le journal de l’An VII citent non le 8ème mais 10ème bataillon de la formation d’Orléans.

 2ème formation :

 Le 5 octobre 1796, elle devint à l’armée des Côtes de l’Océan, la 52ème demi-brigade de ligne. (99ème d’après Bertaud et Roucaud).

Portraits :

Jean-Louis Dubreton, fils de Paul-Julien Dubreton avocat et lieutenant du maire de Ploërmel et de Marie-Jeanne Le Guen. Né dans cette ville, le 18 janvier 1773 et envoyé le 1er mars 1790 au bataillon auxiliaire des colonies. Lieutenant au 78ème régiment d’infanterie (1791), adjudant-major (15 mars 1793). Il se distingua au siège de Mayence en défendant le fort Saint-Charles. Il s’illustra également à la bataille de Treize-Septiers (6 octobre) à l’armée des Côtes de Brest. Capitaine de grenadiers dans la 143ème demi-brigade de bataille (juin 1795), passa aux grenadiers de la 52ème demi-brigade de ligne (1796). Il se distingua au passage du Mincio et fut fait chef de bataillon (1801). Envoyé à Saint-Domingue avec la 11ème demi-brigade légère, il fut fait colonel de ce corps en 1803 (5ème léger). Blessé d’un coup de feu à l’attaque de la Vertière (18 novembre). Fait prisonnier par les Anglais (4 décembre), il rentra en France (juillet 1804). Colonel du 5ème léger (1805). Il servit à l’armée du Nord (1806), à la Grande Armée (1807), à l’armée d’Allemagne (1809), brigade Gency, division Dupas. Il servit ensuite en Espagne de 1810 à 1811. Général de brigade (août 1811), vainqueur à Sidias (7 novembre). Commandant la 2ème brigade division Vandermaesen (22 avril 1812). Commandant supérieur de Burgos, il défendit le château (19 septembre au 23 octobre 1812) et força l’ennemi à lever le siège. Général de division (23 décembre 1812). Commandant la 4ème division du 1er puis 2ème corps de Victor (1813), il servit à Hanau (30 octobre). Un moment malade à Worms, nous le retrouvons en Champagne (1814). Chevalier de Saint-Louis en juillet, commandant supérieur de la place de Valenciennes. Il démissionna au retour de l’Empereur (23 mars 1815). Commandant à Strasbourg, commandeur de Saint-Louis (1816),  confirmé baron par le Roi (1819), Pair de France (mars). Retraité (1831), Grand Officier de la Légion d’honneur (avril 1837). Il mourut à Versailles, le 27 mai 1855[6].

Article de Laurent B.

sehri

[1] Journal Militaire de 1790, p. 48.

[2] Kléber en Vendée, p. 182.

[3] Belhomme, Histoire de l’infanterie de France.

[4] Louis Susanne, Histoire de l’ancienne infanterie française.

[5] Bertaud et Roucaud, Inventaire des registres matricules des demi-brigades de bataille, Série 17 YC, Archives de Vincennes.

[6] Georges Six, Dictionnaire des généraux et amiraux de la Révolution et de l’Empire, 1792-1814.