77e régiment d’infanterie Lamarck

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Le 77ème régiment d’infanterie ci-devant régiment allemand Lamarck :

 

Historique :

 Le 1er juillet 1790, le régiment en entier était en garnison à Schelestat[1].

 1792 :

 Le 1er janvier, le régiment était en garnison à Avignon. Effectif de 1 019 hommes[2].

 1793 :

 Une partie du régiment se trouvait en Vendée en mai. Les républicains avaient repris Légé sous le commandement de Baudry, sa division s’empara de la capitale de Charrette. Les bleus furent bien reçus et ne commirent pas d’exactions. Mais bientôt, il ne resta plus que 400 bleus en garnison dans la ville, tandis que 500 hommes du 4ème régiment remontaient vers le Pont-James, hameau de la commune de Saint-Colombin dans la Loire-inférieure. Les bandes de Charrette n’étaient pas loin, couchées dans la lande du bois près de Vieillevigne. Les 13 kilomètres qui séparaient Charrette de cette force républicaine isolée furent vite parcourus. Il tomba à l’improviste sur les bleus sans même tirer plus de 50 coups de fusils. Les bleus furent si surpris qu’ils laissèrent au pouvoir de Charrette environ 350 prisonniers, un canon, la caisse du bataillon et son drapeau… Les deux tiers des prisonniers étaient des hommes du 4ème d’infanterie, les autres appartenaient au ci-devant régiment de La Marck, le 77ème. Ce dernier avait été autrefois recruté en Alsace. Les prisonniers demandèrent tous à servir dans les rangs des royalistes, beaucoup étaient sincères, quelques-uns simulèrent dont ce soldat qui réussit à s’enfuir de l’armée vendéenne et à rejoindre les républicains emportant caché sur sa poitrine le drapeau aux trois couleurs. Dès le 9 mai, Charrette reprit la ville de Légé aux républicains.

Le Combat du Camp des Naudières, 5 septembre :

 Alors que l’avant-garde des Mayençais sous le commandement du général Kléber marchait sur Nantes, le général en chef Canclaux fut mis au fait d’une attaque prochaine des Vendéens sur le camp des Naudières et Nantes. Vers 6 heures du soir, une bande vendéenne commandée par Monnier, lieutenant de Lyrot de la Patouillière se porta sur la gauche du camp. Beysser marcha contre eux à la tête du 77ème régiment d’infanterie, de cinq compagnies de grenadiers réunis commandées par Boussard, lieutenant-colonel du 11ème bataillon de la République. Il passa la Sèvre et tourna la colonne vendéenne. Canclaux fit avancer une pièce de 12 et engagea le combat.

Beysser attaqua dans le même moment les Vendéens de Monnier et une fusillade nourrie se déclencha. Le 13ème bataillon de Seine-et-Oise et la Légion nantaise furent envoyés pour soutenir l’attaque de Beysser. L’adjudant-général Cambray attaqua sur la droite les bandes commandées par Lyrot de la Patouillière en personne. Il entraina une partie du 77ème régiment d’infanterie et du 12ème bataillon de la République. L’ennemi vivement attaqué se débanda et fut poursuivi jusqu’à la chaussée de Vertou.

Pendant ce temps, une autre colonne vendéenne commandée par Monsieur de Goulaine, attaqua le poste des Sorinières où se trouvait l’avant-garde des grenadiers de l’adjudant-général Blosse. Canclaux envoya à son secours le général Grouchy avec le 1er bataillon du 34ème régiment d’infanterie et le 12ème bataillon de Seine-et-Oise. Deux colonnes sous les ordres de Charrette se présentèrent également sur les routes des Sables d’Olonnes et de la Rochelle avec plusieurs canons. La colonne de la Rochelle après une fusillade intense et une canonnade toute aussi vive, fut chargée par trois compagnies de grenadiers sous les ordres du commandant Verger et par une quarantaine de chasseurs et de hussards américains. Là encore les Vendéens furent repoussés et poursuivis, ils perdirent un canon et un drapeau et durent se replier. Sur la route des Sables d’Olonnes, le général Grouchy repoussa également l’attaque, pourtant estimée à 10 000 paysans avec du canon et probablement Charrette. Il poursuivit l’ennemi jusqu’à Villeneuve avec l’adjudant-général Blosse.

Le poste de la Barbinière commandé par l’adjudant-général Lautal, fut également attaqué ; alors que le général Canclaux s’y portait ; par une autre colonne dirigée par les chefs Couëtus et La Cathelinière. Se faufilant entre ce poste et l’avant-garde, les Vendéens s’attaquèrent aux derrières du camp des Naudières. Un poste du 12ème bataillon de l’Oise se replia trop rapidement, provoquant dans le camp un début de panique qui fut circoncise par le feu meurtrier du 3ème bataillon de l’Orne. Le général Beysser arrivant à la rescousse, la situation fut rétablie, les Vendéens furent repoussés par la Légion nantaise et toutes les positions républicaines conservées.

 1794 :

 Marin Boutillier dit dans ses mémoires :

« il logeait chez nous 4 officiers remarquables par leurs excellentes opinions, leur droiture et leur humanité, Guyot, Blanchet, Desnoyers et Naudon, le 4ème républicain était républicain enragé, il avait été comédien et débitait souvent avec emphase des tirades de tragédie, tantôt Brutus, tantôt de la Mort de César de Voltaire. Je me souviens encore de ces deux vers de la 1ère de ces pièces, qu’il déclamait d’une manière ronflante : « je suis fils de Brutus et je porte en mon cœur la liberté gravée et les rois en horreur ». Il appuyait principalement sur le dernier hémistiche. Républicain fanatique cet officier, sous-lieutenant au 77ème d’infanterie, portait sur la poitrine et sous son gilet, un bonnet rouge, qu’on plaçait sur la pique du drapeau »[3].

Naudon était effectivement lieutenant au 2ème bataillon du 77ème d’infanterie et fut l’un des officiers qui s’éleva avec force contre le plan de Turreau et de ses colonnes infernales si nous en croyons Charles Boutillier commentant son ancêtre.

La garnison de Mortagne, 23 et 24 mars :

 La garnison de Mortagne forte de 500 hommes environ était composée des débris du 2ème bataillon du 77ème régiment d’infanterie et d’une compagnie du 72ème régiment. Ces deux corps étaient toujours habillés de l’habit blanc. Il y avait également le 3ème bataillon de l’Orne réduit des deux tiers par les combats et les maladies. La place était commandée par Monsieur de Fouquerolle, ancien colonel du 77ème régiment et vieil officier de l’ancien régime. C’était dit Boutillier dans ses mémoires, un gentilhomme, droit et rempli d’humanité. Le capitaine Lenormand commandait les restes du 77ème et le capitaine Képler la compagnie du 72ème. La garnison fit une sortie contre les Vendéens. Charles Boutillier indique qu’au moins 132 hommes de la dite garnison tombèrent durant l’attaque.

La sortie fut effectuée par 150 hommes renforcés par trente à quarante hommes de la Garde nationale de Mortagne. Commandé par le capitaine Képler, ce détachement dut donner de l’air à la place, sujette aux harcèlements des Vendéens. Il se dirigea vers le Puy-Saint-Bonnet avec ordre de ramener des vivres et du fourrage pour la garnison. Il s’empara de deux charretées de farines mais à son retour il fut attaqué par une bande vendéenne d’environ 2 000 hommes selon le compte rendu de la commune de Mortagne commandée par Sapinaud et Saint-Hilaire. La première attaque fut repoussée, mais une demi-heure plus tard ils furent attaqués à nouveau au lieu-dit la Belle-Croix. Képler commit l’erreur de vouloir protéger le convoi. Ils tombèrent sur les bandes de Marigny venant de Châtillon. Ces deux colonnes devaient se réunir avec Stofflet pour assaillir ensemble Mortagne. Képler une fois encore se dégagea et se replia sur Mortagne mais il buta sur Stofflet. Képler fut tué, ses soldats furent dispersés, le convoi fut pris et le détachement détruit. Boutillier toujours dans ses mémoires, raconte que trois hommes seulement s’échappèrent dont un garde national de Mortagne, Laurentin, maçon à Cholet décédé vers 1830.

La ville fut ensuite assaillie le 24 mars de tous les côtés, bien que réduite, la ville était pourvue de muraille et prête à se défendre. Marigny attaqua par le cimetière où les murs étaient plus faibles. Champagne domestique de l’oncle de Marin Boutillier dirigea cette attaque étant originaire de Mortagne et connaissant bien la ville. Sapinaud attaqua par un autre côté, celui de la Sèvre, Stofflet par le chemin de Cholet à Saint-Christophe. La ville fut cernée. La mousqueterie fut violente, les défenseurs économisèrent les cartouches dont ils étaient pauvrement fournis. L’attaque ne put aboutir, à la nuit, les bandes se retirèrent, la garnison déjà réduite à 350 hommes au début de l’attaque était dans une situation désespérée[4].

Le 2ème bataillon resta en garnison dans Mortagne jusqu’à son évacuation le 31 mai. La ville fut brûlée par les bleus, les blancs de Stofflet finirent le travail le lendemain. Un officier du régiment le quartier-maitre Des Rochettes, qui s’était attardé au départ des troupes, s’égara en chemin, il se trompa de route à l’embranchement de Saint-Martin et de la Verrie. Accompagné d’un seul domestique il eut le malheur de tomber sur les insurgés qui le taillèrent en pièce, son jeune domestique, presque un enfant put s’enfuir et rejoignit Mortagne.

Destitution de Turreau, 13 mai :

Le Comité de Salut Public décide suite aux dénonciations faites contre Turreau, notamment celles des officiers de la garnison de Mortagne, décida de sa destitution. Relevé de son commandement, Vimeux commanda provisoirement l’armée de l’Ouest.

Les officiers qui avaient écrit le long rapport pour justifier de leurs actes et dénoncer les crimes commis par Turreau et un certains nombres de chefs républicains furent[5] :

2ème bataillon du 72ème régiment d’infanterie :

Caron, capitaine commandant le détachement, Seguin capitaine, Bien-Aimé sergent-major des grenadiers, Pannetier, caporal des grenadiers, Kangulf appointé des grenadiers, Morlier sergent, Lallemant caporal etc…

1er bataillon du 77ème régiment d’infanterie :

Redinger capitaine, Kesler sergent, Scheling caporal, Rapp fusilier, Marceau fusilier etc…

2ème bataillon du 77ème régiment d’infanterie :

Fouquerolle chef de bataillon, Colignon caporal, Fritsch adjudant-major, Cayat fusilier, Kempfeurath capitaine, Valois fusilier, Simon fusilier, Naudon lieutenant, Negly Sous-lieutenant, Morax sergent, Florant capitaine.

3ème bataillon des volontaires de l’Orne :

Normant chef de bataillon, Desprez capitaine, Brugère lieutenant, Pierre sous-lieutenant, Godard, sergent-major, Constant caporal-fourrier, Philippeaux volontaire, Rouillon volontaire.

Embrigadement/amalgame du 1er bataillon :

 1ère formation :

 La 141ème demi-brigade de bataille fut formée selon Belhomme[6], le 9 juillet 1794, à Brest. Toutefois Louis Susanne[7] indique la date du 8 juillet.

Sa formation comprenait le 1er bataillon du 77ème,  le 3ème de l’Aisne (2ème de l’Aisne si l’on en croit Bertaud et Roucaud[8]) et le 7ème du Calvados.

Le Journal de l’an VII, Belhomme et Susanne sont en faveur du 3ème bataillon de l’Aisne face à la thèse de Bertaud et Roucaud.

 2ème formation :

 Le 21 novembre 1796, le 1er et 3ème bataillon de la 141ème de bataille furent amalgamés à l’armée des Côtes de l’Océan, dans la 86ème demi-brigade de ligne.

 D’après Bertaud et Roucaud, le 2ème de l’Aisne ne fut jamais incorporé dans cette demi-brigade et vécu une existence autonome jusqu’en 1799. A cette date il fut versé dans la 82ème demi-brigade de seconde formation et dans la 19ème demi-brigade légère.

 Embrigadement/amalgame du 2ème bataillon :

 1ère formation :

 La 142ème demi-brigade de bataille fut formée, le 5 juillet 1795, à la Motte-Achard, selon Belhomme et Louis Susane. Elle se composait du 2ème bataillon du 77ème, du 4ème de la Charente-Inférieure, et du 3ème de l’Orne.

 2ème formation :

 Le 21 novembre 1796, la 142ème de bataille devint à l’armée des Côtes de l’Océan, la 86ème demi-brigade de ligne.

Portraits :

 

Sigismond-Frédéric Baron De Berckeim, né le 9 mai 1775. Sous-lieutenant au régiment ci-devant de la Marck (avril 1792). Aide de camp du général Duverger (an IV). Nommé capitaine au 2ème régiment de carabiniers (20 ventôse an VIII). Chef d’escadron aux dragons (3 Thermidor an XIII). Chef d’escadron au 1er régiment de cuirassiers (18 fructidor an XIII). Major au régiment (9 mars 1806). Colonel du 1er régiment de cuirassiers (1er avril 1807). Général de brigade (12 juillet 1809), puis général de division (1813). Chevalier de la Légion d’honneur (4 Germinal an XIII), officier de l’Ordre (11 juillet 1807). Chargé en 1814 de la levée en masse du département du Bas-Rhin, il défendit l’Alsace avec acharnement. Il mourut en 1819[9].

Article de Laurent B.

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[1] Journal militaire de 1790.

[2] Journal Militaire de 1792.

[3] Boutillier de Saint-André, Mémoires, p. 240.

[4] Boutillier de Saint-André, Mémoires, p. 264.

[5] Boutillier de  Saint-André, Mémoires, p. 252.

[6] Belhomme, Histoire de l’infanterie de France.

[7] Louis Susanne, Histoire de l’ancienne infanterie française.

[8] Bertaud et Roucaud, Inventaire des registres matricules des demi-brigades de batailles, Série 17 YC, Archives de Vincennes.

[9] Dezaunay, Histoire du 1er Régiment de cuirassiers, p. 282.