18e régiment de chasseurs à cheval

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18ème régiment de chasseurs à cheval :

 

Date de formation : 9 mai 1793

 

Formation :

 

Il fut formé le 9 mai, à partir du 1er  régiment de chevau-légers belges et les dragons de Bruxelles. Le 18ème de chasseurs à cheval français fut mis sous le commandement du chef de brigade De Bonne d’Abonval. Son effectif pléthorique de 85 hommes s’étoffa lentement. L’indiscipline et des dissensions éclatèrent en son sein.

1793 :

Il se composait seulement de 206 hommes dont de nombreux déserteurs autrichiens en juin, cantonnant à Saint Omer. Il fut passé en revue à Ardres, comprenant seulement deux escadrons, pour un effectif de 37 officiers et 199 hommes, non montés. Le 17 décembre, le régiment se trouvait à l’armée du Rhin, division du général Hatry[1].

1794 :

Les effectifs s’étoffèrent puisqu’il comptait 916 hommes à Vitry. Son dépôt fut transféré ensuite à Lunéville le 19 juin, date à laquelle il fut prévu de le licencier. Il fut finalement dissous le 18 juillet à Nancy, à l’armée de Moselle, l’inspecteur Pfliéger signalant :

« Que ce régiment composé en partie d’étrangers, mal organisé dès le principe, n’a rendu aucun service à la République et qu’en le laissant subsister ainsi tel qu’il est, il ne lui en rendrait aucun dans la suite, considérant que la plupart des officiers dont plusieurs sont actuellement en état d’arrestation à Nancy soit comme étrangers ou déserteurs ou à raison d’incivisme, n’ont pas les talents nécessaires pour les places qu’ils occupent et qu’il importe de donner aux braves chasseurs qui s’y trouvent des chefs en état de les employer […] et que des républicains ne peuvent qu’obéir avec répugnance à de pareils chefs qui, dès le premier moment, n’ont cessé de les dénoncer, les uns et les autres ».

Une commission se réunit pour juger les officiers et voir les possibilités de réemploi dans les troupes à cheval. Elle constata que Louis-Armand Kellermann, 1er chef d’escadron était très instruit et très bon officier, que Lambert Kreymans, 2ème chef d’escadron n’avait pas d’instruction, qu’il était cependant connu comme étant un brave homme et un bon soldat. Il fut incapable de s’exprimer correctement en français et « incapable d’être chef ». Que Joachim Deruyscher, capitaine était très capable et sa conduite irréprochable tant civile que militaire. Que Louis Delenne, capitaine était jugé non instruit et incapable de remplir une place d’officier dans l’armée et enfin qu’Henri Parent, capitaine était jugé suffisamment instruit. La dissolution du régiment, vit la répartition de huit officiers et 271 sous-officiers dans les 1er, 11ème, 14ème de dragons, 11ème et 9ème de chasseurs et 7ème de hussards. Six autres furent nommés dans la cavalerie, 47 dans l’infanterie, cinq dans les charrois, deux dans la marine, 26 furent réformés sans retraite, quatre furent envoyés aux eaux, trois furent réformés avec retraite, huit furent versés dans le 1er bataillon des tirailleurs belges. Tandis que le surplus de chevaux fut versé dans les charrois (18), dans le dépôt de Lunéville (23) et réformés (17).

 

Document :

Extrait du procès-verbal de licenciement du 18ème de chasseurs à cheval, le 18 juillet 1794, par le représentant du Peuple Pflieger à l’armée de la Moselle :

« Considérant que ce régiment composé en grande partie d’étrangers, mal organisé dès le principe, n’a rendu aucun service à la République, et qu en le laisant tel qu’il est, il n’en rendrait aucun… Considérant que la plupart des officiers, dont plusieurs sont en état d’arrestation à Nancy, soit comme deserteurs ou en raison d’incivisme n’ont pas les talents nécessaires…et qu’il importe de donner aux braves chasseurs des chefs en état de les employer. Une commission étudiera les officiers et sous-officiers du ci devant 18ème qui se déclareront pour postuler à quelque emploi ».

Parmi ces officiers un fut bien noté, il s’appelait Joachim Deruyscher, capitaine, très capable de remplir sa place. Bon témoignage de tous ses frères d’arme sur sa conduite civile et militaire.

Le 18ème de chasseurs dissous vint renforcer les effectifs des 1er, 11ème et 14ème régiments de dragons et des 1er et 9ème régiments de chasseurs à cheval.

État-major :

Colonel Dabonval,

Chefs d’escadrons, Cleynermann, Kreymans et H. J. Van Hamme,

Chirurgien-major, A. Dumoustier,

Aide chirurgien-major, P. Huysmans,

Capitaines, D. J. Nireaux faisant office de quartier-maître trésorier, Fl. Devaux, M. Henrion, La Roche-Delval, R. La Roche, Moreaux, Coppyn, Sement, Parent, Milari, Marlière, Joachim Deruysscher, Louis Delenne,

Lieutenants, Pierre Van den Broeck, M. Thomas, Bertrand Lescuyer, P. Potdvin, Demange, J. J. Rousseau, De May, Marie-Louis Crassier originaire de Liège, Gaillard, Stappart, De Goudt, Jean-Baptiste Chétée,

Sous-lieutenants, L. Bracq, Fornestrop, Van Aerschot, Willeputte, Windelinsky, Paulmans, Vandenberg, Cordemans, Hans, Gabriel, Lescuyer, François, Petit, Cottaar, Gorgu, Hansmo, Simonnin, Nicolas La Roche, Dantan.

 

Portraits :

Jean-Baptiste Chétée, s’enrôla dans les troupes de la Légion des Belges et Liégeois, maréchal des logis chef (25 novembre 1792), adjudant (1er mars (1er mars 1793), passa au 18e régiment de chasseurs à cheval à sa formation (mai-juin), sous-lieutenant (6 août), passa au 19e régiment de dragons (1er octobre 1802), chevalier de la Légion d’honneur (5 novembre 1804), blessé d’un coup de feu aux reins à l’affaire de Porto-Ferino (28 novembre 1798).

Louis-Armand Cleynerman, dit Kellermann, né le 23 juillet 1765, à Saint-Omer, fut  baptisé le 25 juillet 1765, à Saint-Omer (paroisse Sainte-Marguerite), fils d’Amand-Louis natif de Saint-Amand (diocèse de Tournai), établi à Bailleul  pour y diriger la manufacture de faïence de Messieurs Chevewerck et Flahault, et de Marie-Alexis-Gertrude Braegher[2]. Il eut treize frères et sœurs dont notamment Marie-Victoire, épouse de Charles-Henri Wimille, née vers 1754 à Saint-Omer et décédée le 24 décembre 1804 à Lille[3]. Apparemment, puisque cette sœur était elle-même appelée Kellermann, l’usage de ce pseudonyme était ancien dans la famille. Mais Louis-Amand usera et abusera de son homonymie avec le vainqueur et duc de Valmy. Il épousa Marie-Françoise-Sophie-Émelie Demarne qui lui donna deux fils : 1) Louis-Armand-Joseph, né le 12 mai 1795 à Montreuil[4], marié le 2 octobre 1826, à Charmes, dans les Vosges, 2) Arnaud-Delphin, né 2 février 1801, à Vesoul, marié le 1er août 1831. Ces deux fils obtiendront la Légion d’Honneur sous le patronyme Kellermann. En revanche, il faut rechercher le dossier LEONORE de Louis-Amand sous le patronyme Cleinnermann[5]. On y retrouve ses états de service officiels complets en pièces 4 et 5. Mais sa biographie réelle est bien moins flatteuse[6]. Il s’enrôla au régiment ci-devant Orléans dragons (28 septembre 1782), déserta (23 juillet 1787), fut repris et condamné à la punition de dix tours de baguettes par cent hommes et à huit ans de prolongation de service. Il fut finalement congédié par grâce (17 avril 1788), s’enrôla dans les troupes belges, Légion des Belges et Liégeois (4 mai 1792), capitaine, lieutenant-colonel (5 janvier 1793), il passa dans le 18e régiment de chasseurs à cheval, Dabonval détestait ce personnage et disait de lui : « il n’a jamais vu le feu, il se laisse souffleter par mes officiers sans en prendre satisfaction, il sautera ou je ne servirai plus dans ce régiment »[7]. Il demanda sa nomination au 17e régiment de chasseurs qu’il n’obtînt pas, après la dissolution du 18e régiment de chasseurs (18 juillet 1794), il passa au 11e régiment de cavalerie, commandant successivement les places de Montreuil, Saint-Omer, Boulogne-sur-Mer, Ypres, il finit par abandonner son poste (29 décembre 1798). Il passa en jugement en contumace devant le 1er conseil de guerre de la 24e division militaire et convaincu de faux, malversations, abus de pouvoir, il fut condamné à 10 an de fer par contumace (8 avril 1799), échappant aux recherches par l’utilisation frauduleuse du nom de Kellermann ou jonglant avec son propre nom, il fut nommé à l’instruction et à la conduite des conscrits (mai 1799), à nouveau commandant de plusieurs places, employé dans divers états-majors, chef d’Etat-major du département de la Haute-Savoie, il prit sa retraite (3 février 1801). Il se présenta au général Leclerc, se faisant passer pour un neveu de François-Christophe Kellermann, duc et vainqueur de Valmy, il fut embarqué pour l’expédition de Saint-Domingue (1802), échappa aux fièvres mais fut convaincu de nouvelles malversations et renvoyé en France. Il fut arrêté par la gendarmerie dès son arrivée à Brest (12 mars 1802), il fut destitué de son grade mais remis en liberté (18 juin), passa en personne devant le 1er conseil de guerre de la 24e division militaire, fut condamné à un an de prison, destitué pour abus de pouvoir, avec injonction de cesser d’utiliser le nom de Kellermann. Il réapparait lors d’une affaire d’escroquerie à Meaux, arrêté, il fut condamné à cinq ans de prison (24 novembre 1812), libéré de son cachot par l’arrivée des Russes (17 avril 1814), il réussit à se faire employer à la commission d’habillement et d’équipement de Paris (1er au 30 juin), s’enrôla au 18e régiment de chasseurs à cheval de la Sarthe (1823), brigadier neuf jours après son arrivée au corps, versé finalement à la 14e compagnie de fusiliers sédentaires, il mourut à l’hôpital militaire de Lille, le 16 novembre 1825, ses états de service indiquent qu’il fut fait chevalier de la Légion d’honneur[8].

Charles-Claude-Liévain de Bonne dit Dabonval, Français originaire d’Hesdin, ex capitaine dans l’armée révolutionnaire brabançonne, nommé capitaine à la Légion des Belges et Liégeois (15 juillet 1792), colonel du 18e régiment de chasseurs à cheval (9 mai 1793), adjoint au 10e régiment de hussards (4 septembre 1794), colonel du 19e régiment de cavalerie (1796), retraité en 1799.

 

Jean-Marie dit Modeste Dantan, né à Soissons en 1769, sous-lieutenant au 18e régiment de chasseurs à cheval, dont il reçut un certificat, le 20 avril 1794 :

« nous membres composant le Conseil d’administration du 18e régiment de chasseurs à cheval, certifions que le citoyen Modeste Dantan, sous-lieutenant au dit régiment, s’y est toujours comporté en brave sans-culotte, ayant dans toutes les occasions manifesté un attachement inviolable, aux principes de la Révolution, un ardent amour pour la Liberté, l’unité et l’indivisibilité de la République, et la haine la plus implacable pour tous les tyrans, et leurs satellites, en foi de quoi, nous lui avons délivré le présent certificat et y avons fait apposer le cachet du régiment, fait en notre conseil d’administration au cantonnement d’Heilmaurupt, près de Vitry-sur-Marne, le 1er floréal an II, signé, Jacontat, Baudet, Delenne, Pierre, Kreymans »[9].

 

Louis Delenne, originaire de Philippeville, né en 1741, il fit les campagnes de la guerre de Sept-Ans (1759-1763), dans les volontaires de Fischer, puis servit dans les rangs des patriotes lors de la Révolution brabançonne, capitaine au 18e régiment de chasseurs à cheval (1793), blessé lors d’un combat livré près de Namur, il devint presque aveugle et fut admis aux Invalides.

Joachim Deruysscher, originaire de Capelle-au-Bois dans le Brabant, né le 14 mai 1761, capitaine au 18e régiment de chasseurs à cheval.

Dumoustier, élève à l’hôpital de Lille en 1788. Servit à l’armée du Nord (1792). Chirurgien-major au 18ème régiment de chasseurs à cheval (1er décembre). Il passa au 9ème régiment de cavalerie (7 septembre 1794), puis au 1er régiment de cuirassiers (17 janvier 1816), il quitta le service (13 novembre). Chevalier de la Légion d’honneur depuis le 1er octobre 1807.

Lambert Kreymans, né le 24 janvier 1744, à Maeseyck, il fit comme fusilier puis sergent les campagnes du Hanovre dans les régiments de Vierset et d’Horion pendant la guerre de Sept Ans, capitaine à la Légion des Belges et Liégeois (1792), combattit au camp de Maulde, au siège de Lille, au combat de Pont-Rouge, à la prise de Gand, d’Anvers et d’Aix-la-Chapelle, servit à la bataille de Neerwinden (18 mars 1793), servit dans les dragons de Bruxelles, puis dans le 18e régiment de chasseurs à cheval (français) en 1793, comme chef d’escadron jusqu’à sa dissolution (juillet 1794), commandant d’armes à Ardres en Artois, puis passa dans la gendarmerie.

Louis-Joseph Moreau,

« Louis Joseph Moreau, né à Soissons, s’était engagé à 12 ans, comme trompette dans le 5ème régiment de dragons. Le général Ferrand, le fit entrer ensuite dans le 18ème régiment de chasseurs à cheval. Il se battit avec courage dans de nombreux combats, dans l’un d’eux, il se retrouve entourés d’ennemis, allons trompette français lui dit le général ennemi, tu me parais courageux, crie Vive le Roi ! Et je te promets un sort heureux. Monsieur le général, j’appartiens à la République Française, je la sers, je ne crains rien, et je saurai mourir pour elle. Moreau tomba percé de coups. Ranimé 4 heures après, il fut l’objet de tous les soins. La Convention décréta qu’il serait amené devant-elle. Il fut en effet conduit à Paris, dans une litière avec toutes les précautions nécessaires et introduit au palais législatif. A sa vue, éclatèrent les applaudissements, de tous les côtés, on lui envoya des mouchoirs remplis de pièces d’or ou d’argent, Moreau les refusa disant, « Moi ! Je n’en veux point, qu’on en dispose en faveur des pauvres, j’ai versé mon sang pour la Patrie, elle ne m’abandonnera pas, mais comme elle ne peut soulager tous les malheureux, qu’on leur distribue cet argent, ils en ont plus besoins que moi ». La Convention, lui accorda 1 700 francs de pension, il avait reçu 17 blessures que le célèbre chirurgien Desault parvint à guérir. Moreau fit dans la suite la campagne d’Italie où il donna de nouvelles preuves d’intrépidité, dans les retranchements du col d’Etrantes, il eut la jambe emportée par un boulet. Quand tout danger de mal fut disparu, il fut ramené à Paris et admis aux Invalides[10]».

Article de Laurent B.

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[1] Ordre de bataille de la collection Nafziger, tiré de l’ouvrage de Chuquet sur le général Hoche.

[2] http://archivesenligne.pasdecalais.fr/ark:/64297/62fedc27441da6d3

[3] http://gw.geneanet.org/loon59?lang=fr;p=marie+victoire;n=kellerman

[4] http://archivesenligne.pasdecalais.fr/ark:/64297/695cad3acd3262a8

[5]http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/leonore_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=NOM&VALUE_1=CLEINERMANN

[6]http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6353259j/f147.image.r=cleinermann.langFR

[7] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 551.

[8] Fiche réalisée en partie selon les travaux de Christophe Canivet.

[9] Eugène Cruyplants, La Belgique sous la domination française (1792-1815), 1912, tome II, p. 553.

[10] Emile Cère, Les Petits Patriotes, p. 159 à 160.