17e régiment de dragons Schönberg

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Le 17ème régiment de dragons ci-devant Schönberg :

 

 Historique :

 1792 :

Le 1er janvier, le régiment était en garnison à Valenciennes. Il comprenait un effectif de 487 hommes et 32 manquants. Sa remonte était de 460 chevaux et 30 manquants. Le 1er avril, il n’avait pas bougé de garnison avec un effectif de 473 hommes et 46 manquants. Le 15 avril, il était toujours en cette place, effectif de 476 comprenant 3 escadrons[1]. Le 27 avril, il se trouvait à Valenciennes où l’on procéda à la bénédiction de son nouveau drapeau, de ceux de la garnison et de la Garde nationale. Toutefois l’ancien drapeau ne put être brûlé car il avait été renvoyé au bureau de la Guerre conformément aux ordres que le régiment avait reçu.

En mai, le régiment était à l’armée commandée par le maréchal Luckner. Il faisait partie des troupes de flanquements de la 1ère ligne de cette armée[2]. Il était à la 2ème ligne, de la division de dragons de l’armée du Nord. Le 1er juin, il était avec son dépôt à Condé[3]. Le 25 juin, le régiment entra dans la composition d’une division de dragons présente dans la seconde ligne de cette armée[4]. En septembre, le régiment était à l’armée du Centre et entra dans la composition de la 2ème brigade de cavalerie sous les ordres du duc de Chartres, dans la 1ère ligne aux ordres du général Lynch. Son dépôt se trouvait alors à Tournai. Il participa ensuite à la bataille de Valmy et aux combats de l’invasion de la Belgique. En novembre, il se trouvait à Nancy, alors que son dépôt comprenait un effectif de 103 hommes[5]. Un détachement du 17ème comprenant 104 hommes se trouvait en garnison à Tournai à la date du 31 décembre[6].

1793 :

En 1793, deux escadrons à l’armée de Moselle, un à l’armée du Nord à Tournai. Le 1er escadron partit de Tournai le 15 février, pour se rendre à Saint-Michel. Les escadrons de l’armée de Moselle passèrent à l’armée du Rhin et nous les retrouvons au 30 octobre, à l’avant-garde dans la brigade du général Loubat[7]. Le 17 décembre, le régiment se trouvait à l’armée du Rhin, avant-garde du général Desaix[8].

 1794 :

Au milieu de 1794, le dépôt du régiment se trouvait à Saverne avec 483 hommes à l’instruction[9]. Le régiment était à l’armée du Rhin, dans la 1ère division et comprenait un effectif de 24 officiers pour 1 095 hommes de troupes. Cependant, 482 hommes étaient détachés et 192 absents pour diverses raisons ne laissant que 421 hommes et 454 chevaux au régiment[10]. En juillet, le comité de Salut Public reçut les informations suivantes sur les officiers du régiment :

« Sept capitaines de 36 à 58 ans pour une moyenne de 46 ans, tous sortis des rangs, sept lieutenants, de 20 à 48 ans pour une moyenne de 36 ans, dont cinq sortis du rang, un entré au service comme sous-lieutenant en 1792 et un dragon volontaire en 1789, nommé sous-lieutenant en 1791, 16 sous-lieutenant de 20 à 56 ans pour une moyenne de 34 ans, dont 12 sortis des rangs, deux nommés sous-lieutenant en 1792, un sous-lieutenant de Gendarmerie de 1787 à 1788, garde national de 1789 à 1792 et nommé la même année au régiment, un sergent-major dans le 1er des Deux-Sèvres de 1789 à 1793, nommé sous-lieutenant la même année au régiment. En général tous les officiers servent bien, sont attachés à leurs devoirs, font preuve d’une bonne conduite morale et civique. Cependant un lieutenant qui sait d’ailleurs peu lire et écrire, montre peu d’activité ; sa conduite avant la Révolution n’a pas été exemplaire et depuis la Révolution il dissimule son caractère ; deux sous-lieutenants montrent également peu de zèle et d’activité. Deux capitaines, cinq lieutenants, huit sous-lieutenants sont susceptibles d’avancement. Parmi eux trois lieutenants, quatre sous-lieutenants sont signalés par leurs aptitudes pour occuper des grades supérieurs. Un capitaine ancien maréchal expert ferait un excellent vétérinaire, un lieutenant ex-noble a toujours eu à l’armée la conduite d’un bon républicain, il n’a jamais paru attaché à ses anciens titres. Un lieutenant qui ne sait ni lire ni écrire, serait déjà parvenu au grade de capitaine si la loi ne l’en avait exclu c’est un excellent instructeur bon militaire et bon républicain. Deux sous-lieutenants sont complètement illettrés, trois capitaines, un lieutenant, cinq sous-lieutenants savent seulement un peu lire et écrire quelques-uns même ne savent qu’un peu lire »[11].

Lors de l’épuration des cadres de l’armée française, le régiment fut signalé comme ayant un officier noble dans ces rangs[12].

 1795 :

Le 29 janvier, le régiment était à l’armée du Rhin. Il comprenait un effectif de 34 officiers, 1 056 hommes pour une remonte de 39 chevaux d’officiers, 622 de troupes. Son dépôt était à Saverne. Fin août, début septembre, il était dans la 1ère division du général Delaborde, avec quatre escadrons et 337 hommes[13]. A l’armée de Rhin et Moselle en octobre, le régiment cantonna à Hagenheim avec un effectif de 665 hommes et 286 chevaux. Son dépôt de Toul comprenait 435 hommes à l’instruction pour seulement 13 chevaux[14].

 1796 :

En juin, il était à l’armée de Rhin et Moselle, centre sous le commandement de Desaix, division de cavalerie Beaupuy. Son effectif était alors réduit à 260 hommes. Le 5 juillet, il s’illustra à la bataille de Rastadt.

 1797 :

Il se distingua le 20 avril, au deuxième passage du Rhin à Diersheim près de Kehl[15].

Traversée du Rhin, 19 et 20 janvier :

 Moreau se décida à repasser à l’offensive, mais ne put surprendre l’ennemi. Le général Heudelet s’empara de l’île des Graviers d’où les croates furent chassés. Le général Duhesme attaqua le village de Diersheim avec Davout. Blessé et repoussé les troupes refluèrent mais Vandamme les entraina à nouveau et put prendre le village après un âpre combat. Par deux fois, avec des renforts, les Autrichiens attaquèrent Diersheim défendu avec acharnement par Davout. Les Autrichiens furent repoussés sur Honau, Vandamme et Davout prirent même cette position. Durant ce temps, le pont provisoire sur le Rhin fut terminé à minuit malgré le feu de l’ennemi. Le lendemain une contre-attaque ennemie, surprit les Français entassés dans la tête de pont. La panique se répandit dans les troupes qui se jetèrent sur le pont. Lecourbe fit croiser la baïonnette à sa brigade et barra la fuite par le pont. Les 84ème et 106ème demi-brigades commandées par Lecourbe évitèrent ainsi un désastre. La déroute se transforma en victoire, le 17ème régiment de dragons, tourna le pont de la Kintzig et entra dans Kehl, les Français ayant forcés le passage. Le 22 avril, Moreau passa le Rhin par la force à Renchen, les Autrichiens se replièrent sur Lichtenau, lorsqu’arriva les nouvelles de l’armistice de Leoben signé par Bonaparte le 18 avril 1797, et connu de Moreau le 23.

 1798-1803 :

Dans les années qui suivirent, il fit campagne dans les rangs de l’armée de Rhin-et-Moselle, du Danube et d’Helvétie. Il se distingua encore à la bataille de Zurich, le 25 septembre 1799. En 1800 et 1801, il servit à l’armée du Rhin. A la paix d’Amiens, il était en garnison à Pont-à-Mousson.

Colonels :

Colonel Marie-Pierre-Hippolyte Monnier De Pully : 25 juillet 1791-15 juillet 1792.

Colonel Charles-Hyacinthe Le Clerc De Landremont : 15 juillet-5 octobre 1792.

Colonel François-Louis Kuder : 5 octobre 1792-23 décembre 1793.

Colonel André François : 23 décembre 1793-23 juin 1794.

Colonel Joseph-Nicolas De Saint-Dizier : 23 juin 1794-27 février 1806. En poste en septembre 1794, âgé de 39 ans, dragon en 1762, porte-guidon, il était noté ainsi : « A passé par tous les grades, plein de zèle de bravoure et de modestie, connaît les manœuvres et très bien le détail d’un corps, bon pour être employé dans un Etat-major et devenir bon officier-général »[16].

 

État-major du régiment en 1792[17] :

 

Noms Grades
Lefort et Landremont Lieutenant-colonel
Thiébaut Quartier-maître trésorier
Monter, de Vincy, d’Holbach, de Caovilla, Tourreau Capitaine
André, Westermann, Rutant, Desprez Lieutenant
Négélé, Albretch, Saint-Dizier, d’Albenas, Mehl, Schulp, Kuoll, Schincker, De Pully fils, Pons Sous-lieutenant

 

Lieutenant Desprez : adjoint aux adjudant-généraux au 25 juin 1792.

Documents :

Nous possédons un document des archives du SHAT[18], daté du 23 juin 1794, à l’avant-garde de l’armée du Rhin. Il s’agit d’une pétition du 17ème dragons présenté au représentant du peuple Hentz, près de l’armée du Rhin par le citoyen Mehl, capitaine à la 4ème compagnie du régiment :

« Je soumets à tes lumières une pétition rédigée par une main tremblante et mal assuré, daigner y apporter toute ton attention et bientôt la justice donnera un accueil favorable à la demande que j’ose t’adresser : épuisée par les fatigantes manœuvres de la guerre, il ne me reste plus qu’une vieillesse presque caduque et en proie à des infirmités humaines qui me contraignent de solliciter auprès de toi une retraite digne d’un homme dont les cheveux sont blanchis sous les armes. Depuis longtemps l’ardeur de venger mon pays des cruels usurpateurs de la liberté réveille seule mes forces anéanties par 36 années de service non compris les campagnes d’Allemagne et celles de 92, 93 et la présente. Je ne puis sans être victime de moi-même en continuer les travaux pénibles, la faiblesse de ma vue jointe à l’impuissance de monter à cheval sans le secours d’un homme qui m’est affidé, me rendent incapable malgré mes heureux sentiments de continuer la carrière honorable qui fait en ce moment les plus chers délices des français. Souffre que je réclame cette loi bienfaisante rendue avec tant de sagesse et de justice et que conformément à ses vœux je perçoive la retraite de capitaine vétéran, telle qu’elle m’est due par mon rang d’ancienneté et à laquelle j’ai droit naturel et légitime de prétendre, songe que je suis père de cinq enfants dont quatre sont au service de la République, dans le même régiment où je suis capitaine. Mehl »

 

Sa demande fut appuyée par plusieurs officiers du régiment qui signèrent la pétition et par le général commandant l’avant-garde et le général  Michaud commandant l’armée du Rhin. Ce dernier indiqua que sur ses quatre fils servant au régiment, l’un a été fait prisonnier par l’ennemi dans l’année en cours. Le représentant Hentz annota lui-même le document pour que soit accordée à cet officier sa retraite.

Portraits :

Jean-Baptiste-Antoine Bollinger, né le 27 septembre 1773 à Niederstenzel département de la Meurthe, fils de Michel brigadier au régiment de Chamborant hussards et de Catherine Juncked. Entra au service comme dragon dans le 17ème régiment de dragons, ci-devant Schomberg (17 février 1793), probablement comme volontaire. Il fit toutes les campagnes de République de 1793 à 1803 dans le régiment. Il servit à la bataille de Rastadt (17 messidor an IV) et au 2ème passage du Rhin (1er floréal an V). Nommé brigadier (19 juillet 1799), puis maréchal des logis (31 janvier 1802). Il avait été blessé (19 vendémiaire an 8), d’un coup de feu à la jambe gauche et d’un coup de sabre sur le bras droit. Il servit à l’armée des Côtes de l’Océan de 1803 à 1805. Il reçut la Légion d’honneur (20 juin 1804) et ensuite à la Grande Armée, en Autriche, Prusse et Pologne de 1805 à 1807. Il fut blessé à l’affaire de Liebstadt (24 janvier 1807), de deux coups de lance l’un à la cuisse gauche, l’autre à l’estomac. Il servit de 1808 à 1813 en Espagne et Portugal. Nommé sous-lieutenant (8 février 1813). Il fut blessé d’un coup de sabre à l’avant-bras gauche (22 juin 1811) et à nouveau de deux coups de pointe au bras gauche à la Salamanque (31 mars 1813). En 1814, il servit en France. Resta en activité pendant la première Restauration, il prit part encore à la campagne de Belgique. Il était noté comme se trouvant le 1er mars 1815 au régiment en garnison à Nevers, le 20 mars toujours au régiment à Orléans et le 1er juillet à l’armée de la Loire, en garnison à Riom. Admis à la retraite (7 avril 1816). Il mourut dans son village natal, le 14 août 1824.

Etienne Legrand, né le 18 mars 1755. S’engagea à 17 ans, le 9 mars 1773, au 24ème régiment de dragons ci-devant Mestre-de-Camp général. Brigadier (1er mai) et congédié (9 mars 1781). Reprit du service comme dragon au régiment de Condé (15 mai). Porte-guidon (17 janvier 1784), réformé à la restructuration de l’armée (1788). Reprit à nouveau du service comme sous-lieutenant (1er avril 1791) au 2ème régiment de dragons ci-devant Condé. Lieutenant au 17ème régiment de dragons ci-devant Schonberg (25 janvier 1792). A l’armée du Centre, capitaine (11 mai), il passa à l’armée de Moselle, puis à celle du Rhin où il combattit de 1792 à 1794. Adjudant-général chef de brigade à titre provisoire (28 août 1793), puis général de brigade à titre provisoire (15 septembre), il servit sous Dubois, puis sous Diettman (7 octobre 1793). Il servit sous Desaix (13 décembre) et il fut nommé général de division à titre provisoire (3 avril 1794). Il servit alors sous Souham à l’armée du Nord, commanda la cavalerie de l’armée. Il passa à l’armée de Sambre-et-Meuse où il commanda à nouveau la cavalerie de l’armée (22 mai 1795). Admis à la retraite (16 août), avec un traitement (9 septembre 1797). Il fut remis en activité avec le grade de général de brigade dans l’armée d’Italie (16 octobre 1798). Pendant la campagne de 1798-1799, il reçut un coup de biscaïen à la jambe qui le laissa estropié. Après un commandement, il fut mis en non-activité (23 septembre 1801). De 1801 à 1804, il assura plusieurs commandements secondaires et reçut le titre de commandant de la Légion d’honneur (14 juin 1804). Au corps d’armée de réserve du maréchal Lefebvre en 1805 et 1806, il commanda une brigade de grosse cavalerie et participa activement aux victoires de Wertingen, Ulm et Austerlitz. Il obtint le titre de baron de l’Empire avec une dotation de 4 000 francs (1808). Par lettres patentes il obtint la dénomination spéciale de baron de Mercey (15 juin). Il occupa encore quelques autres commandements avant d’être frappé d’apoplexie en juillet 1811. Après une convalescence il assure des commandements dans diverses régions et départements. Commandant du département de Saône-et-Loire lors de l’invasion (1814), il résista aux forces autrichiennes et les délogea de Mâcon. Il fut mis en retraite par la Restauration (24 décembre). Aux Cents-Jours, il commanda encore une brigade de gardes nationales à l’armée des Alpes de Suchet. A nouveau mis en retraite (1er août 1815), il mourut à Pont-de-Vaux, le 11 mai 1828.

 Article de Laurent B. et Jérôme Croyet

 sehri

[1] E. Desbrières, La cavalerie française sous la Révolution, tome 1, page 104.

[2] Idem, page 309.

[3] Idem, page 112.

[4] Idem, page 310.

[5] Idem, page 157.

[6] Idem, page 348.

[7] Brigade composée des 7ème hussards, 8ème et 10ème chasseurs, 8ème, 11ème et 17ème dragons, Arthur Chuquet, Wissembourg, 1793, page 192.

[8] Ordre de bataille de la collection Nafziger, tiré de l’ouvrage de Chuquet sur le général Hoche.

[9] E. Desbrières, déjà cité, tome 1, page 294.

[10] Idem, page 305.

[11] E. Desbrières, déjà cité, tome 2, pages 215 et 216.

[12] Desbrières, déjà cité, tome 1, page 261.

[13] Idem, tome 2, page 154.

[14] Idem, pages 80 et 83.

[15] Jules Du Camp, annexe xxj.

[16] Desbrières, déjà cité, tome 2, page 244.

[17] Roussel, pages 297 et 298.

[18] Il s’agit d’une copie d’un original qui nous a été confié par Monsieur Croyet, archiviste des archives du département de l’Ain.