15e régiment de chasseurs à cheval

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Le 15ème régiment de chasseurs à cheval (précédemment 21ème chasseurs) ou chasseurs des côtes de Bretagne :


Date de formation : 7 mars 1793, levée de deux nouveaux régiments de chasseurs à cheval, dits chasseurs des côtes, l’un dans les départements de Bretagne, l’autre dans ceux de Normandie. D’abord appelés, 21ème et 22ème chasseurs, ils prirent les numéros 15 et 16. Le 15ème fut organisé à Nantes en août 1793. Il fut renforcé au fil du temps par des volontaires à cheval de la Haute-Vienne et de la Côte-d’Or.

Formation :

 

Il fut formé avec les chasseurs de Beysser, la légion de la Haute-Vienne, et des chasseurs de la Côte d’Or, Didier Davin précise qu’il y eut aussi les chasseurs de Pontivy, les dragons de Lorient, les volontaires à cheval de Brest, les volontaires à cheval des Côtes du Nord, les Chasseurs francs de Doué et sans doute d’autres.

 

Historique :

 

Un décret du 7 mars 1793 créa deux nouveaux régiments de chasseurs à cheval appelés chasseurs des Côtes puisqu’ils furent levés dans l’Ouest de la France. Il s’agissait des chasseurs des Côtes de Bretagne et des chasseurs des Côtes de Normandie. Ils devaient porter les numéros 21 et 22, mais cette numérotation fut provisoire. Les chasseurs des Côtes de Bretagne ou 21ème chasseurs, durent être levés dans les départements des Côtes-du-Nord, du Morbihan, du Finistère, de l’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Inférieure. Purent y être admis, les volontaires qui étaient déjà partis d’unités constituées comme les dragons de Lorient, les volontaires à cheval de Brest, la cavalerie nantaise ou les chasseurs de Pontivy, les volontaires des Côtes-du-Nord, les chasseurs francs de Doué etc…

1793 :

Le commandement du régiment fut confié au chef de brigade Beysser, pour le moment lieutenant-colonel surnuméraire et qui en 1790 était lieutenant-colonel dans les dragons. La réunion des différents volontaires ne s’avéra pas facile à réaliser, car ses unités furent éparpillées dans le pays et étaient déjà au contact des insurgés vendéens et chouans. Beysser fut rapidement nommé au grade de général de brigade au mois de juin ayant à peine eu le temps de rejoindre son unité. Le 15 juin, au camp de Guidel, près de Lorient, le régiment fut rassemblé, puis il se trouva à Hennebont où l’unité fut enfin formée. Il fallut se garder de les confondre avec les chasseurs à pied dit d’Hennebont qui furent ensuite versés dans la demi-brigade étrangère et qui n’ont rien à voir avec ce régiment à cheval. Il prit désormais le numéro 15 après avoir porté le numéro 21.

C’est le général Vergnes qui inspecta l’unité qui devait comporter en théorie 1 005 hommes, mais qui à cette date n’avait que 973 hommes et seulement 777 chevaux. Au mois de juillet, deux escadrons du régiment étaient à Nantes et en septembre, deux autres étaient toujours sur place avec la compagnie des hussards américains. Leur effectif était très affaibli par la campagne, il y avait beaucoup de malades et le régiment manquait d’officiers. Le général Beysser constatant cette faiblesse, leur fit verser des manteaux. Les chasseurs à cheval du 15ème participèrent sous les ordres de Beysser à la reprise de Machecoul sur les bandes de Charette (12 septembre), puis il se trouva au combat de Montaigu (15 septembre) où s’illustra le chef d’escadron Lepic qui fut le futur chef des grenadiers à cheval de  la Garde. Ces deux succès furent éphémères, le général fut vaincu et dut piteusement se replier sur Nantes.

Au mois d’octobre, ils combattirent à la fameuse bataille de Cholet, le 17 octobre. Ils participèrent à la poursuite de l’armée vendéenne durant la terrible virée de Galerne. Le 4 décembre, le 15ème de chasseurs à cheval était devant Angers et poursuivant l’épée dans les rangs les débris de l’armée catholique royale. Ils étaient en compagnie des cavaliers de la légion de Mayence.

1794 :

Après l’écrasement des Vendéens au Mans et à Savenay, la guerre prit la mauvaise tournure que nous connaissons : colonnes infernales, massacres de masse, exécution sans fin, destruction inutiles, pillages, viols, le 15ème de chasseurs participa à quelques une des opérations qui se déroulèrent dans la région durant l’hiver 1793-1794. Le 21 avril, sans doute très amoindries, des compagnies franches à cheval dite légion à cheval de Haute-Vienne, furent versées dans ses rangs pour un renfort de 115 cavaliers. Le régiment fut réorganisé à Verets près de Tours, le 4 juin, et il reçut encore un renfort de 260 hommes de la levée des 30 000 hommes de cavalerie. La revue fut passée par le représentant du Peuple Ichon[1]. Il comprenait alors quatre escadrons à l’armée de l’Ouest et deux à l’armée des Côtes de Brest.

1795-1796 :

Il servit dans l’Ouest entre 1795 et 1796 sous les ordres de Canclaux et de Hoche. Après une courte paix, la guerre ayant repris, ils furent renforcés le 25 août 1796 par les 364 survivants des chasseurs à cheval de la Côte d’Or. Ces deux unités avaient été presque entièrement détruites durant les guerres de Vendée. Le nouveau corps fut dirigé vers le Berry, où venait d’éclater la petite Vendée Sancerroise, une insurrection royaliste qui fit long feu.

1797 :

Le 15ème régiment de chasseurs à cheval, porté à trois escadrons fut dirigé sur l’armée d’Italie. Il arriva devant Milan, le 17 février. Il était alors dans le plus extrême dénuement, un seul de ses escadrons comprenant alors 170 hommes était monté. Cet escadron resta au service de la place, les chasseurs démontés étant réunis à Saint-Colomban au mois de mars. Le régiment fut ensuite réuni à Monza selon les ordres du général Kilmaine, le 8 mars, et envoyé le 11 à Bozzolo. Les ordres étaient de laisser sur place les derniers chasseurs non montés et de faire suivre les hommes nouvellement équipés, 105 chasseurs à cheval, un chef d’escadron, un capitaine, deux lieutenants, deux sous-lieutenants et un adjudant sous-officier étaient alors envoyés à Mantoue où ils arrivèrent le 12 mars, puis s’établissent le 14 mars, à Villafranca[2].

Le 1er escadron se rendit de Villafranca à Conegliano en passant par Montebello, Castel Franco et arriva à sa destination le 17 mars. Mais l’armée était déjà plus en avant et l’escadron poursuivit sur Valvasone, le 18 mars, Udine et Palma le 19 mars. Le 20 mars, l’escadron fut mis à la disposition du général de division Dugua. Un détachement d’une cinquantaine d’hommes fut chargé de conduire une colonne de prisonniers à Mantoue, qui avait été pris à Gradisca. Le restant, une soixantaine d’hommes, marcha sous Dugua avec la réserve de cavalerie, composée du 1er de cavalerie, du 15ème de dragons, et du détachement du 15ème de chasseurs. La réserve marcha en avant de Gradisca, tandis que le détachement du régiment resta en observation derrière la place sur les rives de l’Isonzo dans un hameau nommé Farra[3].

Le 21 mars, le détachement du 15ème de chasseurs marcha sur Gorizia, qui fut traversée pour aller bivouaquer sur la route de Laybach. Une reconnaissance formée par une quarantaine d’hommes se porta sur la route de Trieste jusqu’à la hauteur de Duino. Le détachement aperçut quelques cavaliers ennemis qui ne purent être rejoints. Le 22 mars, les Français arrivèrent à la nuit de Santa Croce à quelques lieues de Trieste. Un détachement de 22 chasseurs sous les ordres du général Dugua arriva en pleine nuit à Trieste, qu’il trouva évacué par les Autrichiens (23 mars). Le lendemain, 24 mars, des reconnaissances furent poussées en avant de Leipdiska et sur la route de Materia. Un hara de l’Empereur fournit un important stock de fourrage qui fut gardé en permanence par un détachement de 12 chasseurs.

Le 27 mars, une reconnaissance commandée par un lieutenant se porta près de Niderdof avec 30 chasseurs, où ils s’emparèrent d’une centaine de voitures de farine ainsi que d’un prisonnier. Le 8 avril, le détachement du 15ème de chasseurs fut remplacé par un autre du 1er de hussards, la réserve de la cavalerie de Dugua reprit sa marche en avant, précédée par le 1er régiment de cavalerie. Le 9 avril, il cantonna à Canale, le 10 à Caporeto, le 11 à Tarvis, le 12 à Villach et enfin le 13 avril à Klagenfurt où il se trouva réunis au 1er de cavalerie. Il reçut l’ordre le 15 avril de rejoindre la division du général Delmas à Spital, arriva le même jour à Villach où se trouvait campée la division du général Joubert. Le détachement opéra sa réunion avec la partie de l’escadron ayant escorté des prisonniers de guerre jusqu’à Mantoue. Le 16 avril, le 15ème de chasseurs atteignit Spital et releva le détachement du 5ème régiment de dragons. C’est ici que l’armistice signé à Leoben, trouva le régiment.

La 26ème demi-brigade d’infanterie légère occupa Sachsenbourg avec un détachement de la 39ème de ligne et un détachement de 25 chasseurs à cheval du 15ème régiment sous les ordres d’un lieutenant qui occupa la position de Mauterndorf sur la droite de Spital. Un autre détachement du 15ème de chasseurs occupa sous les ordres d’un sous-lieutenant et en compagnie de la 12ème demi-brigade légère, Draubourg, le 20 avril 1797[4]. Le 30 avril, la division reçut l’ordre de quitter Spital et se replia sur Villach. Un incendie malheureux se déclara dans les écuries, par la négligence des hommes, 17 d’entre eux perdirent les effets et équipages de leurs chevaux. Les jours qui suivirent le 15ème de chasseurs poursuivit sa route en arrière, atteignit Tarvis, Ponteba Veneta sur le territoire de Venise le 1er mai, puis Reisutta, Osopo, Spilimbergo, Pordenone. Il séjourna ensuite trois jours dans cette localité avant de rendre à Saravalle et Belluno, le 10 mai.

Pendant ce temps, la portion du régiment resté à Bozzolo et son dépôt qui s’était porté à Bozzolo dès le 3 avril, étaient fort d’environ 300 hommes. Ils furent dirigés sur Brescia le 6 avril, et armés de fusils le 8 avril. Ils reçurent l’ordre de se porter en tête de la colonne du général Landrieux. Le pays vénitien s’était en effet enflammé sur les arrières de l’armée française. Le 9 avril, le 15ème de chasseurs était aux prises avec les révoltés dans le petit village de Mandolozza. Les rebelles s’étaient retranchés dans les maisons, un chasseur fut tué d’un coup de fusil. Ils se ruèrent à l’assaut, en chassèrent les rebelles, puis marchèrent sur le village de Gazolo toujours sous le feu de l’ennemi retranchés sur des hauteurs. Les Vénitiens défendirent un moment un pont, avec une pièce de 5 et quelques pierriers mais en cinq minutes la position et le village furent enlevés, le canon, un drapeau pris et 60 rebelles tués.

La colonne poursuivit jusqu’au bourg de Gardone, où le général Landrieux fit des propositions de paix et d’apaisements aux rebelles qui furent repoussées. Le village fut attaqué aussitôt et emporté, les Français ayant perdus au total 25 hommes tués ou blessés. Le 11 avril, la colonne Landrieux se porta dans la vallée de Sabbia et repoussa l’ennemi sur Salo, faisant quelques pertes à l’ennemi. Brescia fut occupé le soir, les rebelles subissant de nouvelles pertes. Trois jours plus tard, Landrieux reçut l’ordre d’ouvrir la route de Dezenzano sur le lac de Garde, il se mit en route au soir mais fut stoppé par environ 500 soldats vénitiens, accompagnés par 60 cavaliers et 1 200 paysans armés. Deux officiers sans armes demandèrent à négocier, mais furent accueillis par les rebelles à coup de fusils. Les Français chargèrent, les Vénitiens ne firent pas longtemps bonne contenance, ils perdirent 50 tués, 46 soldats et deux officiers prisonniers, deux chars chargés de cartouches furent pris, le reste fut dispersé au prix de seulement un tué et un blessé. Le capitaine du 15ème de chasseurs commandant le détachement eut son cheval tué sous lui, ainsi qu’un chasseur.

Le 17 avril, le dépôt du 15ème de chasseurs à cheval s’établit à Carpenedolo, avec le dépôt du 4ème régiment de chasseurs à cheval. Le 1er prairial, le chef d’escadron commandant le dépôt fit partir pour Peschiera les hommes montés et non-montés. Ils étaient toujours armés des fusils reçus à Brescia. Un détachement fort de 127 sous-officiers et chasseurs, dont 87 non-montés fut formé. Il atteignit Peschiera, où le commandant de la place le dirigea sur Castelnovo, puis Vérone. Il se trouva le lendemain dans une affaire où les ennemis tentèrent une sortie de cette ville. Après trois heures de combat, l’ennemi fut mis en déroute, laissant 8 canons sur le champ de bataille, un drapeau et environ 100 prisonniers ainsi que plusieurs officiers. Le détachement du 15ème de chasseurs subit la perte d’un tué et de quatre blessés dans cette journée.

Enfin, le 26 avril, Vérone capitula, la garnison fut faite prisonnière de guerre, et des chevaux qui servaient à la cavalerie vénitienne furent donnés au 15ème de Chasseurs (29 avril). Le dépôt partit de Carpenedolo, pour se rendre à Vérone. Le 30 mai, ce dépôt comprenait 369 officiers, sous-officiers et chasseurs ainsi que 138 chevaux. Dans les semaines suivantes d’autres chevaux vinrent renforcer l’effectif du régiment[5].

Etat-major :

Chef de brigade Bouzon en 1797.

Chef de brigade Louis Lepic le 9 novembre 1799[6] .

 

Portraits :

 

François Jacques, chasseur à cheval au 15ème régiment, né à Landernaud dans le Finistère, chargé de dépêches de Nantes à Machecoul, il tomba au milieu d’un poste vendéen et sommé de livrer ses dépêches, força le passage, le sabre à la main, mais blessé grièvement, il ne survécut pas à ses blessures[7].

François-Marie Périchou dit de Kerverseau, né à La Roche-Jaune dans les Côtes-du-Nord en 1757. Volontaire aux dragons de Lorient (20 avril 1791), Lieutenant au 15ème régiment de chasseurs à cheval (17 avril 1793), puis capitaine (22 mai). Il servit en Vendée de 1793 à 1795. Aide de camp du général Canclaux (août 1795), chef d’escadron (février 1796). Il fut envoyé à Saint-Domingue où il servit de 1796 à 1800. Adjudant-général (22 mai 1796), général de brigade (mai 1797), il rentra en France. Désigné en novembre 1801 pour retourner à Saint-Domingue, il fut embarqué à Lorient sur l’escadre de Latouche-Tréville (décembre). Il s’empara de Santo-Domingo (21 février 1802) et commanda la division de l’Est de l’île de 1802 à 1803 et fut arrêté à Santo-Domingo par le général Ferrand et embarqué de force pour la France (18 décembre 1803). Nommé préfet colonial de la Guadeloupe (février 1805), il fut fait prisonnier par les Anglais (8 février) et ne rentra des prisons anglaises qu’en 1814. Réintégré, commandant de Briançon (août), officier de la Légion d’honneur (janvier 1815). Il refusa de reconnaître Napoléon à son retour, mais sa carrière était finie, il fut admis en retraite  dès la fin de l’année. Il mourut à Paris, le 23 février 1815.

Article de Didier Davin et Laurent B.

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[1] Pierre-Louis Ichon, né le 6 novembre 1757, à Génissac dans la Gironde, fils d’un docteur en médecine, il devînt prêtre et professeur de théologie puis supérieur du collège de l’Oratoire de Condom. Il choisit de prêter le serment constitutionnel en 1790, puis déposa ses lettres de prêtrise, se défroquant et épousa Françoise de Neufchâteau. Ils n’eurent pas d’enfants. Membre du club des Jacobins. Il fut élu député du département du Gers à l’Assemblée législative (3 septembre 1791) puis député à la Convention nationale (5 septembre 1792) et il vota la mort du Roi dont il avait demandé la tête au club des Jacobins. Il accompagna Nicolas Maure comme représentant du Peuple en mission dans l’Yonne puis fut envoyé dans l’Ouest. Il siégeait dans les rangs de la Montagne, survécut à tous les affres de la Révolution, siégeant jusqu’à la fin de la Convention (26 octobre 1795), il devînt sous l’Empire inspecteur de la loterie, fut proscrit en 1816, mais revînt en France où il s’éteignit dans son village natal, le 30 décembre 1836.

[2] G. Fabry, Rapports historiques des régiments de l’armée d’Italie pendant la campagne de 1796-1797, p. 557.

[3] G. Fabry, Rapports historiques des régiments de l’armée d’Italie pendant la campagne de 1796-1797, p. 558.

[4] G. Fabry, Rapports historiques des régiments de l’armée d’Italie pendant la campagne de 1796-1797, p. 560.

[5] G. Fabry, Rapports historiques des régiments de l’armée d’Italie pendant la campagne de 1796-1797, p. 563.

[6] Danielle et Bernard Quintin, Dictionnaires des chefs de brigade et des capitaines de vaisseau du Premier Consul Bonaparte, p. 42 et 43.

[7] Charles-Théodore Beauvais, Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des français, 1792-1815.