101e régiment d’infanterie Royal Liégeois

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Le 101ème régiment d’infanterie ci-devant régiment allemand Royal-Liégeois :

 

Historique :

 1789 :

 Portant le numéro 104 en 1789.

 1790 :

 Le 7 janvier, un incident fut rapporté à propos du régiment :

« Le dimanche 7 du mois dernier, le régiment en garnison à Avesnes s’étant rassemblé sur la place en bonne tenue pour aller à la messe, soudain un murmure effrayant s’éleva dans la compagnie des chasseurs. Cette rumeur inquiétante jeta l’alarme parmi les habitants et les officiers du corps. Monsieur de Sames, Lieutenant-colonel se porta vers cette compagnie pour en savoir le motif, alors plusieurs orateurs demandèrent au nom du régiment entier la liberté de sortir de la ville pour aller se promener (il faut observer que depuis que ce régiment est dans cette garnison il a constamment été consigné). Les officiers voyant toutes les têtes montées, promirent pour les calmer de donner journellement des permissions à dix hommes par compagnies, mais le parti étoit pris en eux, ils exigèrent une liberté entière. Voyant qu’on balançoit à faire droit à leur demande, les autres compagnies se joignirent à celle des chasseurs et plus de deux cents hommes se portèrent vers la Porte de France pour sortir, à l’instant les ponts furent levés. Furieux de ce contrecoup, ils retournèrent à la caserne en criant « aux armes, aux armes ! », ils se munirent de fusils, les chargèrent et entraînèrent avec eux presque le régiment entier. En reprenant la route de la Porte de France, ils rencontrèrent, chemin faisant, la Garde du jour, qui défiloit pour se rendre à ses postes. Ils exigèrent que les tambours se missent à leur tête, pour les conduire tambour battant. Arrivés à la porte, les ponts furent prudemment baissés, et ils se répandirent dans les campagnes, sans y commettre cependant aucun désordre. Cette bagarre a duré trois jours. Les plus mutins, menaçoient d’enlever les drapeaux, mais on a pris des précautions si sages pour s’assurer de ceux des grenadiers et soldats qui n’avoient point pris part à cette insurrection, qu’on en a enfin imposé aux rebelles. Monsieur de Sames, a déployé dans cette circonstance toute la prudence qu’on avoit lieu d’attendre de ce chef aimé des officiers de son corps et respecté de tous les habitants de cette ville, le Maire et un Echevin voulurent se réunir à Monsieur de Sames, et aux officiers pour prêcher la subordination à ces furieux, mais bien leur prit de se retirer car déjà on les couchoit en joue. Il n’y a heureusement point eu de blessé ni de mort dans cette insurrection, près d’un bataillon seulement est déserté, le reste du régiment composé de 600 hommes, doit se rendre le 7 de ce mois à Sarrelouis pour y rester »[1].

 

Le 1er juillet, le régiment en entier était en garnison à Sarrelouis[2].

 1792 :

 Le 1er janvier, le régiment était en garnison à Strasbourg. Il comprenait un effectif de 1 405 hommes et 20 manquants.

Il se trouvait à Bourg-en-Bresse fin avril et se mit en marche pour rejoindre Arles[3].

Il fut licencié suite aux plaintes du général Montesquiou à propos de l’indiscipline et de la désertion endémique régnant dans ses rangs. L’opération eut lieu le 9 septembre.

 

Documents :

 Relevés de Frédéric Pradal  aux archives départementales de l’Isère, série L, tome I (p. 126), Fol.5. ; du 25 juillet 1792 :

« Une députation du conseil général de la commune de Grenoble a été annoncée et introduite, et M. Génissieu, l’un de ses membres, portant la parole a dit que le 101e régiment, ci-devant Liégeois, était divisé en deux parties bien marquer, l’un a mis et l’autre ennemi de la Constitution ; car la tête de ce dernier parti étaie les chefs principaux dont la prépondérance entretenait le désordre et la division; que ce régiment avait laissé les plus funestes traces partout où il avait passé et surtout à Belfort, Besançon, Montélimar et autres garnisons d’où il avait presque toujours été forcé de sortir la nuit ; qu’à Montélimar trois soldats de ce régiment ayant assassiné à la faveur des ténèbres un garde national du 5e bataillon de l’Isère qui était en sentinelle, les assassins avaient été livrés au Tribunal criminel ; qu’à Belfort, un officier de l’état-major ayant commis une lâcheté, avait d’abord donné sa démission, et, néanmoins, était rentrée dans son corps quelque temps après, encore tout couvert de son iniquité ; qu’à Grenoble, le même officier avait commis une nouvelle atrocité, en perçant en traître d’un coup d’épée un officier du 4e bataillon des gardes nationaux volontaires du département de l’Isère ; qu’au lieu de l’expulser avec ignominie, son corps s’était contenté de lui demander une seconde émission, se réservant sans doute de la lui rendre et de le faire rentrer de nouveau dès qu’il serait éloigné de Grenoble ; que plusieurs soldats, à l’exemple des chefs, et sans doute excités par eux avaient attaqué les gardes nationaux volontaires en garnison dans cette ville et étaient accusés d’avoir employé des moyens aussi honteux et aussi perfides pour s’en défaire ; que ces querelles avaient soulevé tous les citoyens contre ce régiment qui avait encore été obligé de partir à la faveur des ombres de la nuit ; qu’une foule de soldats pleins d’honneur, qui se trouvaient déplacés dans un corps si mal famé, et surtout ceux envoyés par les districts qui étaient continuellement insultés, avaient refusé de partir, qu’il y en avait dans ce moment une cinquantaine dans les bureaux de la municipalité et que le bruit courait qu’il y en avait près de cent cinquante aux portes de la ville ; que ces hommes seraient évidemment perdus pour la Patrie et peut-être seraient forcés par la nécessité de passer à l’ennemi, si on voulait les forcer à rejoindre un régiment généralement en honneur ; qu’il importait à la tranquillité publique, qu’il était de l’humanité, d’une sage administration de leur donner d’abord la nourriture, le logement et des chefs, crainte qu’il ne commissent quelques désordres dans la ville ; que le Conseil de la Commune avait arrêté de proposer à l’Administration supérieure de dénoncer au Roi et à l’Assemblée les faits ci-dessus, et, en attendant leur décision, de mettre ses soldats en subsistance à la suite d’un régiment des gardes nationaux volontaires pour être surveillés par les chefs et maintenus dans l’ordre de la discipline.
[…]
« le Conseil a arrêté : 1° qu’il serait fourni provisoirement sous l’approbation du Roi et de l’Assemblée nationale, le logement et la subsistance aux soldats du 101e régiment, qui n’étaient pas partis et refusaient de rejoindre leur corps ; 2° que la Municipalité ferait parvenir séance tenante au Conseil la liste nominative desdits soldats, auxquels la nourriture et le logement devront être fourni ; 3° que le commandant de la ville serait requis d’employer les soldats compris dans cette liste aux travaux de la fortification et de leur nommer des chefs pour les maintenir dans la discipline et la subordination ; 4° qu’il serait décrit au commandant de l’armée, au ministre et à l’assemblée nationale [pour avertir des mesures prises].
[…]
 ».

 

Série L, tome I (p.158), Fol. 91 v°. Du 13 août 1792 :

« […] « MM. Plantier et Rodet, que le Conseil avait nommé, dans sa dernière séance, pour se rendre auprès des soldats du 101e régiment d’infanterie, ci-devant Liégeois, qui, à cause de l’incivisme de leurs chefs, ont quitté leurs drapeaux pour se rendre à Grenoble, ont rendu compte de leur mission.

« M. Rodet a dit que l’on avait fait craindre à ces soldats d’être traités comme déserteurs ; que ces craintes, les besoins, soit d’habits, soit de souliers, l’ennui d’une vie presque oisive et d’un sort incertain en avait déterminé quelques-uns à s’enrôler dans des bataillons de volontaires nationaux; qu’ils avaient trouvé les autres prêts à suivre cet exemple et que ce n’étaient qu’aux soins de M. Fontet, officier chargé de leur surveillance, que l’on devait leur conservation. Il a ajouté que, nommé par le Conseil pour amener l’espérance dans les cœurs de ces soldats, il les a assurés de toute sa protection, et que, pour leur en démontrer l’efficacité, il aura représenté que déjà l’Assemblée nationale avait approuvé la conduite qu’il avait tenue à leur égard et que, par conséquent, rien ne pouvait leur faire craindre un événement fâcheux. […]

« Le Conseil, considérant que la Patrie a besoin de défenseurs et que les bras de ses soldats sont nuls, tandis qu’ils brûlent à la défendre ;

« considérant que, pressé par des besoins, dégoûtés par la langueur d’une affaire qui peut rester encore longtemps indécise, ces soldats pourraient prendre un parti qui, dans tous les cas, serait contraire aux lois, a arrêté et arrête :

« Qu’il sera écrit à M. de Montesquiou, général de l’armée du Midi, pour le prier d’employer les soldats du 101e régiment d’infanterie, qui ont quitté leur corps à cause de l’incivisme de leurs chefs, et qui se trouvent en dépôt à Grenoble, soit dans les compagnies franches, soit dans d’autres corps, et pour rendre auprès de ce général le témoignage dû à la vigilance et aux soins que M. Pontet a apporté à les diriger et à les surveiller ».

 

Fol. 94. Du 13 août [70 soldats sont détenus dans les prisons de Grenoble.]

« Un membre a dit que le concierge des prisons a présenté un mémoire à la municipalité, où il expose que l’activité actuelle de la justice criminelle, mettant tous les accusés en état de recevoir jugement d’un mois à l’autre, à donner, depuis l’installation du Tribunal criminel, un grand nombre de condamnés, surtout à la peine des fers, et promet de l’augmenter considérablement d’ici au mois d’octobre.

«Que tous ces condamnés, n’allant. À leur destination par le défaut d’établissement, demeurent entassés dans les prisons ; que ces malheureux, ayant perdu toute espérance d’échapper à leur peines, tournent toute leur attention et emploient toute leur industrie à briser leur fers ; que, dans le désespoir inséparable de cet état affreux, il n’est point de danger qu’ils ne puissent braver et. D’excès auxquels on ne doive craindre qu’ils ne se livrent ; que leur garde devient de jour en jour plus périlleuse. […] ».

 

Portraits :

Thomas Cheragay de Sandos, né à Bayonne dans les Basses-Pyrénées, en mars 1756. Entra aux gardes de la porte (1772), réformé (1787). Lieutenant au régiment Royal-Liégeois, 101ème d’infanterie (mars 1788). Adjudant-major au 1er bataillon du Haut-Rhin (27 novembre 1791). Il repassa au 101ème d’infanterie comme capitaine (3 mai 1792). Lieutenant-colonel à la légion des Alpes (21 juillet 1792), adjudant-chef de bataillon (8 mars 1793). Il semble qu’il se trouvait commandant des troupes de la garnison de Parthenay (9 mai). Ayant 3 000 hommes à ses ordres, dont la moitié armés, il se replia sur Saint-Maixent. Chef de brigade (10 août), il fut envoyé au siège de Lyon puis de Toulon et devint chef d’Etat-major de l’armée des Alpes (janvier 1794). Général de brigade dans cette armée (juin 1795), il s’empara d’une redoute dans la gorge de Champsac (14 octobre). Passa à l’armée d’Italie, il fut à la division Sahuguet (août 1796), puis division Dallemagne (septembre) et division Joubert (20 décembre). Il fut grièvement blessé à la bataille de Rivoli (14 janvier 1797) et mourut de ses blessures à Milan le 8 février suivant.

 

Enrôlements dans le régiment, registre d’enrôlement pour les troupes de ligne, Dijon février 1792 – mai 1793, archives municipales de Dijon, 1 H :

 

Jean-Joseph Bonnivert, natif de Flostais à 8 lieues de Liège, sortant du service d’Espa ? dans les gardes nationaux suivant le congé et passeport qu’il nous a représentés et d’après l’invitation à nous faites de s’engager par Messieurs du Directoire du district, ledit Bonnivert fils d’André meunier et de dame Marie Bard demeurant à Flostais, âgé de 24 ans, 5 pieds, 3 pouces et 2 lignes, cheveux et sourcils châtains, œil bleu, front élevé, nez petit, bouche petite, menton long et rond, a déclaré vouloir servir au 101e régiment ci-devant Royal-Liégeois et ne savoir signer (mars 1792).

François Lecuyer, garçon meunier natif de Drambon district de Dijon, fils de Claude charron et de Françoise Menclon demeurant à Drambon, âgé de 22 ans, domicilié à Dijon, 5 pieds et 2 pouces, cheveux bruns, front carré, yeux bruns, nez petit, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, a déclaré vouloir servir pendant trois ans dans le 101e régiment d’infanterie en garnison à Phalsbourg et a signé avec nous (mai 1792).

Article de Frédéric Pradal et Laurent B.

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[1] Journal militaire de 1790, p. 111 et 112.

[2] Journal militaire de 1790.

[3] Journal militaire de 1792.